Les ExpressKeys sont les touches programmables des tablettes Wacom (Huion et XP-Pen parlent de « touches de raccourci » ou « touches express »). Leur configuration est, pour beaucoup d'illustrateurs, l'un des sujets les plus négligés du dessin numérique. On reçoit la tablette, on la branche, on commence à dessiner avec les raccourcis par défaut — qui sont presque toujours mal pensés — et on s'habitue à un usage sous-optimal pendant des années. Ce guide propose une organisation simple, inspirée des usages les plus répandus chez les illustrateurs, qui fonctionne sur à peu près toutes les tablettes.
Ce qu'il faut savoir
Une configuration ExpressKeys efficace tient sur huit raccourcis principaux : annuler, refaire, basculer pinceau-gomme, augmenter la taille de pinceau, diminuer la taille, basculer entre deux pinceaux fréquents, valider la sélection, échap. Le reste se fait au clavier ou au stylet.
La règle d'or : ne jamais assigner un raccourci à une touche tant qu'on ne l'a pas utilisé manuellement assez de fois pour avoir mémorisé le geste. La configuration suit la pratique, elle ne la précède pas.
Pourquoi tant de configurations ratent
L'erreur la plus fréquente est de vouloir tout configurer dès le premier jour. On reçoit la tablette, on découvre qu'il y a six, huit ou dix touches, on s'empresse d'attribuer des raccourcis à toutes — typiquement les raccourcis qu'on lit sur les forums ou dans les tutoriels YouTube. Six mois plus tard, on en utilise trois sur dix, on a oublié à quoi servent les autres, et la configuration est devenue un mille-feuille de raccourcis morts qu'on n'ose plus modifier de peur de casser quelque chose.
L'autre erreur : copier la configuration d'un autre illustrateur. Chaque main a sa logique, chaque cerveau a ses repères, chaque flux de travail a ses gestes. Une configuration efficace est personnelle. Elle se construit au fil des semaines en partant de zéro, par ajout progressif des raccourcis qu'on remarque taper le plus souvent au clavier.
L'organisation recommandée
Voici une configuration de départ éprouvée, applicable sur une tablette à huit touches comme une Intuos Pro, sur les touches d'un écran à stylet comme la Cintiq Pro 27, ou sur une télécommande de raccourcis (ExpressKey Remote chez Wacom, télécommandes équivalentes chez Huion et XP-Pen). Elle tient sur huit raccourcis essentiels, et elle est transposable : avec quatre ou six touches, on garde les premières de la liste.
Les quatre touches du haut
- Touche 1 : Annuler (Cmd/Ctrl + Z). Le raccourci le plus utilisé en illustration. Toujours en haut, accessible au pouce ou à l'index sans regarder.
- Touche 2 : Refaire (Cmd/Ctrl + Maj + Z). Juste en dessous d'Annuler, par symétrie cognitive.
- Touche 3 : Basculer pinceau / gomme (touche E ou B selon le logiciel). Le geste le plus fréquent en encrage et en peinture. Indispensable si votre stylet n'a pas de gomme à l'arrière.
- Touche 4 : Échap / Désélectionner tout (Esc ou Cmd/Ctrl + D). Pour sortir d'un menu, pour annuler une sélection, pour valider qu'on n'a pas voulu commencer un trait.
Les quatre touches du bas
- Touche 5 : Diminuer la taille du pinceau (touche [ ou crochet gauche). Pour les ajustements fins. Si la tablette propose une touch ring ou une molette, on assigne préférentiellement la taille de pinceau à la molette ; sinon, sur ExpressKey.
- Touche 6 : Augmenter la taille du pinceau (touche ] ou crochet droit). Symétrique de la précédente.
- Touche 7 : Pipette (touche I dans la plupart des logiciels). Pour prélever une couleur sur l'image sans quitter le stylet — un geste constant en coloration et en peinture.
- Touche 8 : Espace (panoramique). Maintenue, elle bascule en mode panoramique de l'image. Le raccourci le plus utilisé après Annuler dans la pratique courante.
Huit raccourcis, qui couvrent l'essentiel de ce qu'on tape réellement dans une journée d'illustration. Le reste se fait au clavier — ce n'est pas un drame, c'est même souhaitable parce que les raccourcis rares ne valent pas la peine d'occuper un espace cognitif sur la tablette.
Variantes selon le logiciel
L'organisation ci-dessus est logiciellement neutre. Selon le logiciel, on adapte les raccourcis derrière chaque touche.
Sur Photoshop
La configuration ci-dessus marche directement. Pour aller plus loin, Édition → Raccourcis clavier permet de créer des raccourcis pour des commandes qui n'en ont pas (fusionner les calques, retourner la zone de travail…), qu'on assigne ensuite à une touche.
Sur Clip Studio Paint
Idem. Clip Studio permet en outre de personnaliser presque toutes les commandes dans Fichier → Raccourcis (Windows) ou CLIP STUDIO PAINT → Raccourcis (macOS), ce qui en fait le logiciel le plus souple pour les touches de tablette. Le panoramique sur la touche 8 fonctionne identiquement.
Sur Procreate (iPad)
Procreate ne dispose pas d'ExpressKeys, mais la même logique s'applique à ses gestes :
- Annuler : tap à deux doigts
- Refaire : tap à trois doigts
- Pinceau / gomme : double-tap sur l'Apple Pencil compatible (2e génération ou Pro), ou pression (squeeze) sur le Pencil Pro, configurables
- Panoramique : pincer-déplacer à deux doigts
Sur Krita
La configuration ci-dessus marche directement. Krita est très flexible sur les raccourcis (Configurer Krita → Raccourcis clavier) ; on assigne ensuite les touches correspondantes dans le pilote de la tablette. Le menu circulaire (pop-up palette), ouvert par défaut avec le clic droit du stylet, remplace avantageusement plusieurs touches.
La configuration par application
Les pilotes Wacom, Huion et XP-Pen permettent d'avoir plusieurs configurations ExpressKeys, chacune associée à une application. C'est extrêmement utile : on peut avoir une configuration pour Photoshop, une pour Clip Studio, une pour Krita, et la tablette bascule automatiquement quand l'application passe au premier plan.
Comment configurer cela :
- Wacom (Centre Wacom / Propriétés de la tablette Wacom) : dans la ligne des applications, cliquer sur « + » pour ajouter un logiciel, puis configurer les ExpressKeys pour cette application. Répéter pour chaque application.
- Huion : le pilote propose des réglages par application (bouton « + » au-dessus des réglages). Procédure similaire.
- XP-Pen : même principe, via la liste des applications en haut du pilote.
Pour qui jongle entre plusieurs logiciels dans la journée, c'est un confort qui s'apprécie très vite.
La règle d'or : ne jamais assigner un raccourci à une touche tant qu'on ne l'a pas utilisé manuellement assez de fois pour avoir mémorisé le geste.
La construction par observation
Au-delà des huit raccourcis principaux, la configuration personnelle se construit par observation. Pendant une semaine de travail normal, garder un papier à côté du clavier et noter, chaque fois qu'on tape un raccourci au clavier, lequel. À la fin de la semaine, on a la liste des raccourcis qu'on utilise réellement, classés par fréquence. C'est cette liste, et pas une autre, qu'il faut implémenter sur les ExpressKeys restantes (s'il en reste).
Avec une télécommande comme l'ExpressKey Remote de Wacom, on dispose de nombreuses fonctions configurables supplémentaires. Pour ces matériels, on peut ajouter, après les huit principales, des raccourcis spécifiques au flux de travail : navigation entre calques (haut/bas), groupe / dégroupe, fusion vers le bas, copier-coller. Mais on les ajoute après avoir maîtrisé les huit principales, pas avant.
Les pièges
Trois choses à éviter.
Premièrement, les modificateurs sur ExpressKey. Certains pilotes proposent d'assigner Cmd, Ctrl, Alt, Maj à des ExpressKeys, en théorie pour les utiliser comme touches de modification. En pratique, c'est presque toujours une mauvaise idée — les modificateurs sont mieux laissés au clavier, où la main libre les active naturellement.
Deuxièmement, la touch ring sur Wacom. La Touch Ring (anneau tactile) des Intuos Pro et de certaines Cintiq est un composant à utiliser ou à ignorer franchement, pas à configurer à demi. Pour le zoom et la rotation du canvas, elle est utile. Pour les ajustements de taille de pinceau, c'est juste correct. Pour des raccourcis non-numériques, il vaut mieux l'ignorer.
Troisièmement, les raccourcis qui changent souvent. Une fois configurés, les raccourcis ne devraient pas changer pendant plusieurs mois. Le cerveau apprend la position au geste, pas au sens. Si vous changez les raccourcis tous les mois, vous perdez l'investissement de mémoire musculaire.
Et les molettes ?
Certaines tablettes et télécommandes proposent une molette, mécanique ou tactile (Touch Ring chez Wacom, molettes sur plusieurs modèles Huion et XP-Pen, molette des télécommandes). Pour l'illustration, une répartition classique :
- Molette principale : taille du pinceau — le réglage le plus fréquent, qui mérite un geste continu.
- Second mode de la molette (s'il existe) : zoom, ou rotation de la zone de travail.
Cette répartition libère les touches « taille + / taille − », qu'on peut alors réserver à des fonctions plus spécifiques.
Gaucher, main non dominante et orientation
Le principe des ExpressKeys est de les actionner avec la main non dominante pendant que l'autre tient le stylet — comme on garderait la main gauche sur le clavier. Avantage : on n'interrompt pas le trait, on ne déplace pas la main qui dessine, et on regarde moins le clavier. Les touches doivent donc se trouver du côté de la main libre.
Pour un gaucher, il suffit de faire pivoter la tablette de 180° pour placer les touches à droite, puis de régler l'orientation dans le pilote : dans le Centre Wacom, choisir l'orientation « gaucher » (ExpressKeys à droite) ; chez Huion et XP-Pen, régler la rotation de la zone de travail (180°). Sans ce réglage, le curseur se déplace à l'envers. Sur un écran à stylet, vérifiez aussi la correspondance entre la tablette et l'écran (mappage) après rotation, et sur une configuration à plusieurs moniteurs, que la tablette est bien associée au bon écran.
Questions fréquentes
Que sont les ExpressKeys ?
Ce sont les touches programmables des tablettes Wacom, placées sur le côté de la tablette ou sur une télécommande. On leur assigne des raccourcis clavier (annuler, gomme, taille du pinceau…) pour les actionner avec la main qui ne dessine pas. Huion et XP-Pen proposent l'équivalent sous le nom de touches de raccourci.
Quels raccourcis mettre sur les ExpressKeys ?
Une base qui convient à la plupart des illustrateurs : annuler, refaire, pinceau/gomme, échap ou désélectionner, taille du pinceau − et +, pipette, et la barre d'espace pour déplacer la vue. On ajoute ensuite seulement les raccourcis qu'on se surprend à taper souvent au clavier.
Comment régler les ExpressKeys pour un gaucher ?
Tournez la tablette pour placer les touches du côté droit, puis choisissez l'orientation gaucher dans le Centre Wacom (ou une rotation de 180° dans le pilote Huion ou XP-Pen). Sans ce réglage, le curseur se déplace à l'envers.
Peut-on avoir des raccourcis différents selon le logiciel ?
Oui. Les pilotes Wacom, Huion et XP-Pen permettent d'enregistrer des réglages par application : la tablette change automatiquement de configuration quand vous passez de Photoshop à Clip Studio Paint ou à Krita.
Mise à jour : octobre 2026.