XP-Pen est la troisième marque chinoise du segment, derrière Huion en volume mais en rattrapage rapide sur la qualité de fabrication. Pendant longtemps, leurs produits ont souffert d'un défaut de finition perceptible — plastiques moins flatteurs, pilotes en retard, support après-vente erratique en Europe. La situation a basculé entre 2022 et 2024, à mesure que la marque a investi dans un centre de R&D européen à Hambourg et qu'elle a sorti la nouvelle génération de stylets X3. La Artist Pro 16 (Gen 2) est l'objet emblématique de cette nouvelle ère.

Ce qu'il faut savoir

La Artist Pro 16 propose une dalle 16 pouces laminée, 2,5K (2 560 × 1 600), gamut Display P3 à 99 %, calibration usine sérieuse, parallaxe minimale, stylet X3 Pro à 16 384 niveaux. Le tout pour 749 €, soit le segment où elle frappe le plus fort.

Les compromis : un seul format proposé (16 pouces, sans déclinaison plus grande dans cette gamme), un boîtier en plastique mat de qualité correcte mais inférieure à la Kamvas Pro 24, et une dalle non OLED. Pour qui cherche un poste fixe à 24″, ce n'est pas le bon produit ; pour qui cherche un compromis poids-performance-prix sur un format compact, c'est le meilleur de sa catégorie.

Build et grain de surface

[ La Artist Pro 16 sortie de carton, vue trois quarts, posée sur le bureau, lampe articulée en plan moyen ]
La Artist Pro 16 (Gen 2) sur le poste de test. Le boîtier en plastique mat ne donne pas la sensation premium de la Kamvas Pro, mais il est solide et bien fini.

Le boîtier est en plastique composite, fini mat, sans bavures de moulage. Ce n'est pas l'aluminium de la Kamvas Pro 24 ni de la Cintiq, mais c'est honnêtement fini. Le poids — 1,28 kg — fait de la Artist Pro 16 une tablette quasi-portable : on peut la transporter d'un bureau à l'autre dans un sac d'ordinateur portable, ce qui n'est pas le cas des modèles 24 pouces.

Le grain de la dalle est correct, légèrement moins agressif que celui de la Kamvas Pro 24 (qui use les pointes plus vite) et plus résistant que celui de la Wacom One (qui s'accentue avec le temps). Sur huit semaines d'usage à six heures par jour, j'ai changé une seule pointe — comparable à une Cintiq Pro et meilleur que la Kamvas Pro.

La dalle

L'écran 2,5K (2 560 × 1 600, ratio 16:10) est une décision intéressante. Plus dense que la Full HD de la Wacom One et de la Kamvas 13, moins gourmand en GPU que la 4K de la Kamvas Pro 24 ou de la Cintiq Pro 27. Pour un illustrateur qui travaille en A4 ou A5 numérique, le rendu est excellent et la performance machine reste fluide même sur des fichiers Photoshop lourds. Pour un retoucheur photo qui travaille en RAW haute résolution, on peut souhaiter le 4K.

Le gamut Display P3 à 99 % est mesuré conforme à la fiche technique. Calibration usine fournie avec rapport individuel, Delta E moyen mesuré à la sonde X-Rite : 1,7 — moins fin qu'une Cintiq (1,2) ou une Kamvas Pro (1,4), mais largement suffisant pour de l'illustration. Pour de la retouche photo Pantone, on recalibrera tous les six mois avec sa propre sonde.

La dalle est laminée, c'est-à-dire que le verre antireflet est collé directement à la dalle LCD sans couche d'air intermédiaire. C'est ce qui produit la parallaxe minimale (0,7 mm mesurée) et c'est l'un des points sur lesquels XP-Pen a vraiment progressé depuis la première génération. Les premières Artist Pro 16 (2021) avaient une couche d'air visible qui donnait une parallaxe de 1,4 mm, vraiment dérangeante. Plus rien de tout cela aujourd'hui.

Le stylet — X3 Pro

Le stylet X3 Pro est l'élément qui justifie à lui seul l'attention qu'a reçue cette génération. La technologie X3, lancée par XP-Pen en 2022, repose sur un capteur de pression à logique propriétaire qui élimine la zone d'activation initiale (le stylet enregistre la pression dès le toucher physique, sans seuil minimal) et qui rend la courbe de pression sensiblement plus continue que sur les générations précédentes.

Mis en parallèle avec le Pro Pen 2 sur Clip Studio Paint, le X3 Pro tient la comparaison sur la majorité des pinceaux. Sur un pinceau d'encrage classique, on ne voit pas de différence à l'usage normal. Sur un pinceau à grain très exigeant, on devine une légère discontinuité au tiers de la course que l'on ne voit pas sur Wacom — la même remarque que pour le Slim Pen Huion. C'est la limite résiduelle de la concurrence chinoise sur les stylets, et elle est devenue très fine.

Le stylet est sans batterie, léger (16 g), équilibré, à deux boutons latéraux et capuchon-gomme. Six pointes fournies dans le boîtier. Le grip standard est en silicone légèrement collant — il ne glisse pas dans la main moite, ce qui est appréciable, mais il accroche les peluches dans la poche.

La technologie X3 élimine la zone d'activation initiale : le stylet enregistre la pression dès le toucher physique, sans seuil minimal.

La latence et la précision

Latence pointe-à-pixel : 13 ms à 14 ms. Excellent — c'est sensiblement la même chose que la Cintiq Pro 27, et c'est mieux que la Kamvas Pro 24. Pour un produit à 749 €, c'est inattendu.

Précision géométrique : 0,3 mm d'erreur moyenne, 0,5 mm sur les bords. Comparable à Huion, légèrement moins bon que Wacom.

L'ergonomie

Le format 16 pouces est, à mon sens, un compromis vraiment bon pour qui n'a ni la place ni le budget d'un 24 pouces. La dalle est suffisamment grande pour qu'on travaille à distance correcte de l'œil (60 cm) sans pixel grossier. Elle est suffisamment petite pour qu'on l'incline à 30° sur un pied simple sans devoir investir dans un bras articulé Ergotron à 350 €. Le support d'origine offre trois positions fixes (entre 16° et 25°), ce qui est juste suffisant — un bras VESA est recommandé pour qui travaille plus de quatre heures par jour.

Onze touches ExpressKeys et deux molettes physiques. C'est plus généreux que la Wacom One (cinq touches) et comparable à la Kamvas Pro 24. La double molette physique (à droite, dans une pratique disposition concentrique) est particulièrement efficace pour le zoom et la rotation du canvas. C'est l'un des meilleurs systèmes de raccourcis intégrés que j'aie utilisés.

Compatibilité logicielle

Pilotes XP-Pen 4.0.10. Sans piège sur Mac et Windows. Sur Linux, le support natif fonctionne via digimend ; les ExpressKeys ne sont pas configurables sans bricolage de niveau intermédiaire, ce qui reste typique du segment.

  • Clip Studio Paint 3.0 : très bon, écart résiduel sur les pinceaux à grain comme indiqué plus haut.
  • Photoshop 2026 : sans piège.
  • Krita 5.3 : parfait.
  • Affinity 2.5 : sans réserve.
  • TVPaint Animation 12 : très bon.

Ce qu'on aurait aimé

  • Un grand format (24 ou 27″) dans la même gamme. À l'heure où j'écris, XP-Pen ne propose pas la même qualité de stylet et de dalle au-delà du 16″.
  • Un boîtier en aluminium pour la version Pro, qui justifierait psychologiquement le surcoût face à la version standard.
  • Un câble USB-C plus long. Le câble livré (1,5 m) est court pour un poste de bureau classique.

Verdict

XP-Pen Artist Pro 16 (Gen 2)

Le meilleur rapport prestation-prix du segment 700–900 € en 2026, et un produit qui fait honteusement bien à un tarif modéré.

À ne pas acheter si Vous voulez un format plus grand que 16″ (allez vers Kamvas Pro 24 ou Cintiq Pro 27) ; votre logiciel principal est Procreate (vous voulez un iPad) ; vous avez besoin d'une chaîne colorimétrique Pantone professionnelle ; le grain XP-Pen vous a déjà déçu sur une génération précédente — la nouvelle est sensiblement différente, mais l'arbitrage Wacom/Huion reste défendable.

Disponible chez xp-pen.fr et chez les revendeurs spécialisés.