Huion est la première marque chinoise du marché en volume, et celle dont la stratégie est la plus lisible : offrir, à chaque niveau de prix, plus de fiche technique que quiconque. La Kamvas 16 Plus en est l'illustration la plus pure — une dalle 4K (3 840 × 2 160) laminée, à 599 €, dans un segment où XP-Pen facture 749 € pour du 2,5K et où Wacom livre de la Full HD non laminée au même tarif. Sur le papier, l'affaire est entendue. Sur le papier seulement : c'est précisément dans ce que la fiche technique ne dit pas — la sensation du stylet, la tenue du grain dans le temps — que se joue le classement final.

Ce qu'il faut savoir

La Kamvas 16 Plus propose une dalle 16 pouces 4K (3 840 × 2 160) laminée, calibrée d'usine avec rapport individuel, pour 599 €. C'est le rapport pixel-prix le plus avantageux du segment sous 1 000 €, et de loin. Le stylet PenTech 3.0 sans batterie, à 8 192 niveaux, est honnête mais pas exceptionnel.

Les compromis : un stylet sensiblement moins fin que le X3 Pro de XP-Pen sur les pinceaux exigeants, et un grain de surface qui s'use plus vite que celui de la concurrence — j'ai usé deux pointes en sept semaines. Pour le retoucheur photo et l'amateur de détail, l'arbitrage est excellent ; pour l'encreur professionnel à six heures par jour, il mérite réflexion.

Build et grain de surface

[ La Kamvas 16 Plus sur le poste de test, inclinée à 20° sur son pied d'origine, fichier de retouche RAW ouvert plein écran ]
La Kamvas 16 Plus sur le poste de test. La densité de la dalle 4K se voit dès l'ouverture du premier fichier — c'est l'argument, et il est réel.

Le boîtier est en plastique composite avec une plaque arrière en aluminium brossé, un cran de finition au-dessus de la Artist Pro 16 et un cran en dessous de la Kamvas Pro 24. À 1,32 kg, elle reste transportable dans un sac d'ordinateur. L'assemblage est propre, sans jeu ni craquement, et les tranches biseautées offrent un appui de paume confortable sur les bords de la surface active.

Le grain, maintenant — parce que c'est ici que la Kamvas 16 Plus paie sa fiche technique. Au déballage, la surface antireflet gravée offre une accroche agréable, légèrement plus sèche que celle d'une Cintiq. Mais elle s'use. En sept semaines à cinq ou six heures par jour, j'ai remplacé deux pointes, là où la Artist Pro 16 m'en avait coûté une seule en huit semaines, et j'observe déjà, en lumière rasante, un début de lustrage au centre de la dalle — la même chose que ce que j'avais constaté sur la Kamvas Pro 24 après un an. Ce n'est pas rédhibitoire ; c'est un coût d'usage qu'il faut connaître avant d'acheter, pas après.

La dalle — l'argument

Parlons de ce pour quoi on vient. La dalle 4K, en 16 pouces, donne une densité de 282 ppp — plus du double de la Full HD d'une Cintiq 16, nettement au-dessus du 2,5K de la Artist Pro 16 (189 ppp). À distance de travail normale, le pixel disparaît entièrement. Pour la retouche photo en RAW, le concept art où l'on zoome sans cesse dans le détail, la miniature d'illustration à fort niveau de finition, l'écart est immédiatement perceptible et il ne s'oublie plus.

La dalle est laminée, et bien laminée : parallaxe mesurée à 0,8 mm au centre, 1,0 mm dans les angles. C'est un cheveu derrière la Artist Pro 16 (0,7 mm) et sans commune mesure avec la Cintiq 16 non laminée (1,5 mm). Le gamut couvre 145 % de sRGB, soit environ 96 % du DCI-P3 mesuré à la sonde. La calibration d'usine est sérieuse — rapport individuel dans le carton, Delta E moyen mesuré à la sonde X-Rite : 1,5. C'est mieux que la Artist Pro 16 (1,7), moins bien qu'une Cintiq Pro (1,2), et parfaitement suffisant pour l'illustration comme pour une retouche photo non-Pantone.

Une réserve pratique, qui ne relève pas de la tablette mais qu'il faut écrire : le 4K en 16 pouces exige une machine sérieuse. Sur mon poste de test secondaire (portable de 2021, GPU intégré), Photoshop affichait des micro-saccades de navigation sur les fichiers au-delà de 500 Mo que je ne voyais pas en 2,5K. Sur le poste principal, rien à signaler. Vérifiez votre GPU avant de vérifier votre budget.

Le stylet — PenTech 3.0

Le stylet PenTech 3.0 est sans batterie, à 8 192 niveaux de pression, deux boutons latéraux, 14 g bien répartis. Dix pointes fournies — Huion sait visiblement ce que son grain leur fait subir. La prise en main est bonne, le grip en silicone ferme, l'inclinaison à ±60° stable jusqu'aux angles extrêmes.

À l'usage, il faut être précis, parce que c'est ici que se décide le classement du segment. Sur un pinceau d'encrage standard dans Clip Studio, sur un aérographe de retouche, sur les brosses texturées courantes, le PenTech 3.0 fait le travail sans qu'on pense à lui — et ne pas penser à son stylet est exactement ce qu'on lui demande. Sur les pinceaux à grain les plus exigeants, en revanche, la comparaison directe avec le X3 Pro de XP-Pen montre une amorce de trait légèrement moins continue : un seuil d'activation résiduel que le X3 a éliminé et que Huion n'a pas encore rattrapé. On parle d'un écart que 90 % des usages ne verront jamais. Les 10 % restants — encrage fin, calligraphie numérique, trait unique sans repentir — le verront à chaque séance.

On parle d'un écart que 90 % des usages ne verront jamais. Les 10 % restants le verront à chaque séance.

La latence et la précision

Latence pointe-à-pixel, mesurée en vidéo à 240 i/s : 16 ms en moyenne, 18 ms dans les angles. C'est correct — au-dessus du seuil de perception pour la plupart des gestes, en retrait des 13-14 ms de la Artist Pro 16. En traits rapides d'encrage, un œil entraîné devine que la trace court après la pointe d'une demi-longueur de plus que sur la XP-Pen ; en peinture et en retouche, on ne voit rien.

Précision géométrique : 0,3 mm d'erreur moyenne au centre, 0,6 mm sur les bords, avec une légère dérive dans le coin supérieur gauche de mon exemplaire que la calibration du pilote a corrigée. Rien d'anormal pour le segment.

L'ergonomie

Le pied livré offre une plage d'inclinaison continue de 19° à 45°, ce qui est plus généreux que les trois positions fixes de la Artist Pro 16 — bon point rare pour Huion à ce prix. La connectique passe par un seul câble USB-C plein débit (DisplayPort Alt Mode) ou par le classique câble trois-en-un pour les machines plus anciennes ; les deux sont fournis.

Pas de touches ExpressKeys sur le boîtier — Huion a fait le choix de la sobriété et livre à la place un boîtier de raccourcis séparé (Keydial mini, huit touches et une molette) qu'on positionne où l'on veut. J'étais sceptique ; j'ai fini par le préférer aux touches intégrées, qu'on atteint toujours en tordant le poignet. Les gauchers apprécieront aussi.

Compatibilité logicielle

Pilotes Huion 15.7.6. Sans drame sur Mac et Windows, avec la réserve habituelle : le panneau de configuration Huion est moins limpide que celui de Wacom, et la première association du Keydial demande de lire la documentation. Sur Linux, le support via digimend fonctionne mais reste un projet de soirée, pas un branchement.

  • Clip Studio Paint 3.0 : très bon, avec la réserve sur les pinceaux à grain exigeants notée plus haut.
  • Photoshop 2026 : sans piège, sous réserve d'un GPU à la hauteur du 4K.
  • Krita 5.3 : parfait.
  • Affinity 2.5 : sans réserve.
  • Capture One 24 : très bon — c'est le logiciel où la dalle 4K justifie le plus l'achat.

Ce qu'on aurait aimé

  • Un grain formulé pour durer. Huion sait faire des dalles ; il est temps que la marque apprenne à faire des surfaces qui tiennent un an d'usage professionnel.
  • Un stylet de nouvelle génération. Le PenTech 4.0 existe sur d'autres références du catalogue ; son absence ici se remarque face au X3 Pro.
  • Une housse de transport, même en option officielle, pour un format qui appelle la mobilité.

La place dans le segment

Il faut conclure en situant l'objet, parce que c'est la question que tout acheteur se pose réellement. Dans le segment sous 1 000 €, la XP-Pen Artist Pro 16 Gen 2 reste, à mon avis, le premier choix : stylet supérieur, grain plus durable, latence plus basse — les trois critères qui pèsent dans la durée. La Kamvas 16 Plus est la deuxième place la plus solide qu'on puisse imaginer : elle offre, pour 150 € de moins, la seule dalle 4K du segment, calibrée sérieusement, laminée proprement. Pour qui la densité de pixels est le critère décisif — retouche photo en tête —, elle passe même devant. Pour qui hésite encore sur l'écran lui-même, la Kamvas 13 du même constructeur reste la porte d'entrée à 250 €.

Verdict

Huion Kamvas 16 Plus (4K)

La seule dalle 4K du segment sous 1 000 €, à un prix qui n'a pas de concurrence — un excellent deuxième choix, derrière la Artist Pro 16 pour le stylet et la tenue du grain.

À ne pas acheter si Vous travaillez en usage professionnel intensif quotidien, où la longévité du grain devient un vrai coût (allez vers la Artist Pro 16 ou une Cintiq) ; vous voulez le meilleur stylet du segment — c'est le Pro Pen 2 de la Cintiq 16, suivi du X3 Pro, et le PenTech 3.0 vient après ; votre machine n'a pas le GPU pour piloter du 4K confortablement.

Disponible sur Amazon.fr et chez huion.com.