Il y a des objets dont le test est presque une formalité, tant l'usage collectif a déjà rendu son verdict. L'Intuos S (CTL-4100) équipe les salles de premier semestre d'Émile Cohl, des Gobelins, d'Estienne ; elle est la tablette que les enseignants — dont je suis — recommandent par défaut depuis sa sortie en 2018, et le marché de l'occasion la revend autour de 60 € sans négociation. Mais un consensus mérite d'être vérifié, pas répété. J'ai donc fait subir aux deux formats — la S à 95 €, la M (CTL-6100) à 195 € — le même protocole de mesure que je réserve aux tablettes à 2 000 €, et j'y ai ajouté la seule mesure qui compte vraiment à ce prix : huit ans de temps.

Ce qu'il faut savoir

Les Intuos S et M partagent tout sauf la surface : stylet Pro Pen 2S sans batterie à 4 096 niveaux, grain proche d'un crayon HB sur papier velin, quatre touches ExpressKeys, pilotes irréprochables sur Mac, Windows et Linux (libwacom natif). La S offre un format A6 actif (152 × 95 mm) à 95 € ; la M double la surface pour 195 €.

Les compromis : pas d'écran, évidemment — c'est une tablette à geste aveugle, et c'est un choix qu'il faut avoir compris avant l'achat ; quatre touches seulement ; 4 096 niveaux de pression, ce qui suffit à l'apprentissage mais pas à une pratique professionnelle installée. Pour débuter, c'est le choix par défaut. Pour le reste, ce n'est pas le sujet de l'objet.

Build et grain de surface

[ Les deux Intuos côte à côte sur le bureau, la S de 2018 et la M neuve, lumière rasante montrant les deux grains identiques ]
À gauche, mon Intuos S achetée en 2018 ; à droite, la M du test. Huit ans les séparent. En lumière rasante, les deux grains sont indiscernables.

Le boîtier est un simple pavé de plastique, fin (8,8 mm), léger (230 g pour la S, 410 g pour la M), sans fioritures. On pourrait le trouver pauvre ; on aurait tort. Rien ne s'y casse parce qu'il n'y a rien à casser : pas de charnière, pas de dalle, pas de pied. La mienne a voyagé six ans dans des sacs de cours, coincée entre des carnets et des câbles, et n'en porte que des rayures de tranche.

Le grain est la vraie signature de l'objet. Wacom a dosé la surface active pour donner une résistance proche d'un crayon HB sur papier velin — légèrement plus glissante qu'un Bristol, légèrement plus accrocheuse qu'un calque. C'est une sensation d'une justesse remarquable pour apprendre à doser un geste, et elle tient. Mon exemplaire de 2018, utilisé quotidiennement pendant quatre ans puis régulièrement depuis, présente un grain intact — j'ai posé la M neuve à côté, passé la pulpe du doigt de l'une à l'autre les yeux fermés, et je ne les distingue pas. Dans un marché où je documente des dalles lustrées en un an, cela vaut un paragraphe entier.

Le stylet — Pro Pen 2S

Le Pro Pen 2S est la version simplifiée du Pro Pen 2 des gammes professionnelles : sans batterie, sans pile, sans recharge — la particularité Wacom qui change le quotidien plus qu'aucun chiffre —, deux boutons latéraux, 4 096 niveaux de pression, pas de gestion de l'inclinaison. Trois pointes de rechange logées dans le corps même du stylet, astuce discrète qu'on redécouvre avec plaisir des années plus tard. Le stylet d'origine de mon exemplaire de 2018 n'a jamais été remplacé ; il en est à sa quatrième pointe.

Les 4 096 niveaux font sourire face aux 16 384 des fiches techniques actuelles ; c'est un sourire mal informé. La courbe de pression du Pro Pen 2S est propre, continue, sans marche perceptible sur les pinceaux courants, et la différence avec un stylet à 8 192 niveaux n'est jamais le facteur limitant d'un débutant — ni, à vrai dire, de beaucoup de confirmés. Ce qui manque réellement au 2S par rapport à son grand frère, c'est l'inclinaison : pas d'ombrage au crayon couché, pas de pinceaux calligraphiques à angle. C'est la vraie frontière avec l'Intuos Pro, et elle est honnêtement placée.

Mon exemplaire de 2018 présente un grain intact. Dans un marché où je documente des dalles lustrées en un an, cela vaut un paragraphe entier.

La latence et la précision

Sur une tablette sans écran, la latence pointe-à-pixel dépend de l'écran qu'on lui associe ; j'ai donc mesuré sur mon moniteur de référence (dalle à 5 ms) pour isoler la contribution de la tablette. Résultat en vidéo à 240 i/s : 11 ms du geste au curseur, stables sur toute la surface, sans le moindre décrochage de suivi en huit ans de pilotes successifs. C'est indiscernable d'une Intuos Pro, et meilleur que la plupart des tablettes à écran du marché — l'absence de dalle à rafraîchir a ses avantages.

Précision géométrique : 0,3 mm d'erreur moyenne, mesurée par grille sur la surface active. Le rapport surface active / déplacement du curseur est le vrai sujet de précision sur ce format, et il mérite sa propre section.

S ou M — la seule vraie question

Les deux modèles étant identiques en tout le reste, l'achat se résume à un arbitrage de surface, et je veux le poser précisément parce que c'est la question qu'on me pose le plus souvent en fin de cours.

La S offre 152 × 95 mm de surface active — un format A6. Rapporté à un écran 24 pouces, chaque millimètre de tablette pilote environ 3,5 mm d'écran : le geste est contracté, l'échantillonnage se fait du bout des doigts et du poignet posé. Pour la retouche, la navigation, le dessin au trait court, c'est parfaitement fonctionnel, et des professionnels travaillent ainsi des carrières entières. Mais pour qui vient du dessin papier avec un geste ample — l'épaule, le bras, le poignet levé —, la S contracte la trace, et certains ne s'y font jamais.

La M double la surface (216 × 135 mm, un A5 généreux) et change la nature du geste : le poignet se déplace, l'amplitude d'un trait d'épaule passe presque entière, la correspondance œil-main devient naturelle sur un écran de 24 ou 27 pouces. Les 100 € d'écart sont réels sur un budget d'étudiant ; ils sont, à mon sens, le meilleur investissement possible pour qui sait déjà que son dessin est ample. Pour les autres — et pour les postes nomades, les petits bureaux, les écrans de portable —, la S suffit, et elle se revend si bien qu'une erreur de format coûte au pire 35 €.

Compatibilité logicielle

C'est le chapitre le plus court et le plus décisif. Les pilotes Wacom fonctionnent, partout, depuis toujours. Installation en cinq minutes sur macOS et Windows, profils par application, courbe de pression réglable. Sur Linux, le support libwacom est natif dans toutes les distributions sérieuses : on branche, ça marche, ExpressKeys comprises — aucune autre marque du segment ne peut l'écrire. Pour un débutant, dont la motivation est une ressource périssable, chaque heure passée à débugger un pilote est une heure prise sur l'envie de dessiner ; l'Intuos n'en coûte aucune.

  • Krita 5.3 : parfait — c'est le couple gratuit de tous les débuts.
  • Clip Studio Paint 3.0 : parfait.
  • Photoshop 2026 : parfait.
  • GIMP et Inkscape : sans piège, y compris sous Linux.

Les quatre touches ExpressKeys sont moins nombreuses que chez la concurrence, et c'est le seul reproche fonctionnel que je maintiens. En pratique, quatre touches bien configurées — annuler, bascule pinceau-gomme, zoom, historique — couvrent l'essentiel du premier semestre ; voir Configurer ses raccourcis ExpressKeys sans s'y perdre, le geste à faire le jour du déballage.

Ce qu'on aurait aimé

  • Six touches ExpressKeys au lieu de quatre, ce que Huion offre à moitié prix.
  • La gestion de l'inclinaison sur le Pro Pen 2S, même dégradée — la frontière avec l'Intuos Pro resterait nette.
  • Un câble USB-C : le micro-USB coudé propriétaire est le seul composant de l'objet qui trahisse son âge.

Huit ans plus tard — ce que l'objet dit du marché

L'Intuos S n'est pas la meilleure tablette du marché ; elle est quelque chose de plus rare : la tablette dont on est sûr. Sûr qu'elle fonctionnera au premier branchement, sûr que le grain sera encore là dans cinq ans, sûr qu'elle se revendra 60 € le jour où l'on saura enfin — parce qu'on aura pratiqué — ce qu'il faut acheter ensuite. C'est exactement le cahier des charges d'une première tablette, tel que je le formule dans le guide pour débuter, et c'est pourquoi elle y occupe la première place depuis des années. Pour comprendre pourquoi le sans-écran n'est pas un pis-aller mais un choix que des professionnels maintiennent des carrières entières, lire aussi le guide des tablettes sans écran ; pour un enfant qui commence, le guide dédié nuance le choix du format.

Verdict

Wacom Intuos S et M

La première tablette par défaut, et le seul objet du marché que je peux recommander après huit ans de recul plutôt que huit semaines — prenez la M si votre geste est ample, la S sinon.

À ne pas acheter si Vous savez déjà que le geste aveugle n'est pas pour vous et qu'il vous faut un écran — inutile de faire le détour, allez lire le guide pour débuter et son option Kamvas 13 ; vous êtes un professionnel installé — l'absence d'inclinaison et les 4 096 niveaux plafonneront votre pratique, et l'Intuos Pro est l'outil qu'il vous faut.

Disponible sur Amazon.fr et chez wacom.com.